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Le Diamant Noir
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La truffe, noir désir

2 fév. 2020
La truffe, noir désir

LIBERATION

La truffe, noir désir

La saison est ouverte. Trop tôt selon certains trufficulteurs du Lot, pour qui, à cette période, le champignon n’est pas assez mûr. «Diamant» périgourdin rare et exigeant, traqué par un museau averti, rencontre avec ceux qui le cultivent et le négocient à prix d’or.

3 janvier 2020 à 17:26

La truffe noire du Périgord. Dans leLot, 300trufficulteurs yexploitent 2000hectares deplantations truffières. Photo J.-D. Sudres

 

La saison est ouverte. On est même en plein dedans. Les papilles se préparent à la fête, depuis quelques semaines, la truffe est de sortie. Quand on se promène dans la campagne près de Cahors (Lot) et qu’on aperçoit une belle maison, on a l’habitude de dire : «Ici, il y a de la truffe.» Et la truffe n’est jamais loin du nez. C’est François Delaroière qui en parle le mieux dansla Truffe, secrets et plaisirs(Champignons magazine,hors-série, janvier2001) :«Un arôme rustique en même temps que subtil, puissant, intense, à la fois frais et chaud avec des fragrances d’herbes fraîches, coupées ou sèches, de tabac humide, de feuilles de chêne en décomposition, de racines, d’humus, de terre humide, de terreau, de musc, de cuir, de fourrure de renard ou de charcuterie légèrement fumée.»Autant dire que le voyage s’annonce complet.

Coup de foudre

Tuber melanosporum,voilà le nom savant de la truffe noire du Périgord, ce champignon qui fait la richesse de terres parfois délaissées du bon Dieu. Et la joie de ceux qui apprécient la douceur de la table et les nuances du goût. Mais pour cela, il faut d’abord des arbres : chêne ou noisetier sous lequel la truffe va naître ; un terrain : calcaire ; un climat : avec des températures de Méditerranée. Dans le département du Lot, tout cela est réuni. Alain Ambialet, président du syndicat des trufficulteurs de Lalbenque, à quelques kilomètres de Cahors, le souligne :«On a la chance d’avoir un bon terroir, argilo-calcaire et calcaire, des sols rouges qui conviennent parfaitement.»Il n’y a pratiquement plus de truffes«naturelles»,cela signifie qu’il faut planter les chênes, et attendre… huitans minimum, voire jusqu’à quinze ou vingtans. Produit de luxe, à 600euros en moyenne le kilo,«ça fait cher la patate»sourit le président.Les producteurs plantent entre 200 et 300arbres par hectare, les exploitations varient entre 1et 30hectares, il faut compter un investissement de 10 000euros l’hectare. Dans le Lot, 300trufficulteurs y exploitent au moins 2 000hectares de plantations truffières. Jean-Paul Bataille, ancien commercial à la retraite, a planté plus de 500 chênes en1984 sur deux hectares et demi, sur la commune de Montcuq, à 37kilomètres de Cahors. Il vient du coin, ses parents étaient vignerons dans la vallée du Lot. Mais ce n’est qu’après1968, alors qu’il était pion dans un collège, qu’un élève lui a apporté une poignée de truffes qu’il avait «piquées» à son paternel. Un vrai coup de foudre, l’odeur, le goût… la truffe lui est véritablement«apparue»ce jour-là. Et l’idée a fait son chemin. Il l’a concrétisée une fois atteint l’âge de la retraite…

Tartine

Chez lui, aucune odeur décrite par François Delaroière, si bien qu’il faut le suivre pour se rendre auprès de ses arbres sous lesquels se trouve le fameux champignon, car la truffe ne se voit pas à l’œil nu. C’est avec un chien ou un cochon qu’on peut la traquer sous la terre. La quête ne permet pas de subvenir aux besoins d’une famille, juste d’assurer un complément de revenus. Pour en vivre, selon Jean-Paul Bataille, il faut détenir au moins une vingtaine d’hectares. Il explique avoir réalisé une«saison pitoyable en2018»,la faute à une mauvaise météo. Un manque d’eau en période estivale, et trop«quand il n’y en avait pas besoin».Cette année, changement de programme, du moins au début, avec un regain d’optimisme en septembre, une pluviométrie suffisante, mais en octobre, patatras,«submergé en deux mois, il est tombé ce qui normalement arrive sur un semestre».L’eau stagnante fait périr certaines truffes. Pourtant Jean-Paul Bataille avait repéré pas mal de«marques»,le craquèlement que provoque la truffe lorsqu’elle est proche de la surface.

La vie de trufficulteur n’est pas de tout repos. Il faut réaliser l’entretien des truffières, arroser, tailler les arbres. A la fin mars, on brasse la terre à environ 15centimètres de profondeur dans le but de l’aérer. Jean-Paul Bataille a dû faire preuve d’humilité car, au départ, il n’avait pas glané les conseils suffisants, il lui a fallu faire sa propre formation, parfaire son éducation,«picorer à droite et à gauche».A propos depicorer, chez lui, une simple tartine au beurre garni de copeaux de truffes permet d’approcher le goût de ce petit bijou.

Maintenant, direction Lalbenque.Nous sommes le 3décembre, jour du premier marché aux truffes de la saison. Séparés par un cordon, acheteurs et vendeurs se font face, selon un rituel savamment étudié, une gestuelle qu’ils effectuent comme le faisaient avant eux leurs parents, grands-parents… Ils reniflent, soupèsent, évaluent et finalement échangent le précieux champignon. Au total, ce sont 54kilos de champignons qui ont trouvé preneurs, pour un prix moyen de600euros le kilo. Pour mémoire, en2018, à la même époque, seulement 38kilos étaient partis. La faute aux sols détrempés. Il faut, selon les spécialistes, une météo plus clémente afin que le soleil sèche la terre et rende enfin aux truffes leurs qualités que tant désirent.Un vieil habitué s’insurge que la saison débute si tôt :«Quand j’étais plus jeune, il n’y avait guère de truffes avant Noël,regrette-t-il au micro de TV Toulouse.Elles ne sont pas assez mûres, et dégagent moins d’odeurs.»Selon Alain Ambialet, plus il y a de truffes, plus on a de chances de trouver de la qualité et les prix peuvent flamber jusqu’à1 000euros le kilo. La truffe s’écoule avant tout chez les restaurateurs. Il y a également quelques particuliers qui se font «plaisir». Elle voyage aussi jusqu’en Chine et au Japon en passant par l’Allemagne, la Belgique et la Grande-Bretagne.

A quinze kilomètres de Cahors, à Villesèque, Emmanuel Rybinski est vigneron au Clos Troteligotte. Le terroir calcaire et sidérolithique (sables siliceux et argiles à graviers de couleur rougeâtre avec galets roulés de quartz) avec ces fameuses pierres de fer produit un vin«élégant délicat et aérien»,selon les mots du vigneron qui exploite 16 hectares : 13de rouge et 3de blanc, dont le fameux cépage chenin. Il recommande le blanc de macération de dix à trente jours avec la truffe sèche. Celle qui a vocation à être cuisinée, il la voit mieux avec le malbec en escorte. Du rouge, donc, aux arômes sous-bois et champignon que l’on nomme carrément «le vin truffe». Emmanuel Rybinski et les vignerons du coin reviennent de loin. En pleine crise viticole, rappelle-t-il,«on élevait des cochons pour joindre les deux bouts».

«Noble»

D’après une étude menée conjointement sur la truffe et le vin, il existe un composant commun aux deux, nommé sulfure de diméthyle (DMS), molécule qui serait à l’origine de l’exceptionnel arôme de la truffe que l’on retrouve aussi dans les arômes des grands cahors, pour peu qu’ils aient un temps de garde suffisant.Aujourd’hui, Emmanuel Rybinski se permet de faire s’épanouir son breuvage dans des jarres de terre cuite et cela marche fort. Il a été classé parmi les 100meilleurs vins au monde par le respectéWine Spectator,et le vignoble de Cahors a été consacré «vignoble de l’année» par Bettane et Desseauve en2016.

Chez Lou Bourdié, au bourg de Bach, à une trentaine de kilomètres de Cahors, on pousse la porte d’une authentique ancienne ferme transformée en auberge, intérieur sans chichis, nappes à carreaux et tables en bois. Monique Valette et Julie Fouillade Alliet savent tout de l’art de sublimer les truffes. Les poser délicatement avec des œufs dans une boîte hermétique pourqu’ils en prennent le goût et le parfum ; les glisser sous la peau ou dans le ventre de la volaille, leslier avec des échalotes, les mettre dans la purée, les pâtes fraîches. Il faut avec la truffe avoir plus d’un tour dans son sac.«C’est un produit noble, festif, j’ai plaisir à la travailler, la sentir, elle change de goût selon les mois, mais il n’est pas besoin d’en manger tous les jours»explique Monique Valette, qui se définit comme une«accro»à la truffe. Il est de pires addictions.Chez elle, on se régale devant une simple«brouillade»dans laquelle elle ne lésine pas sur la quantité du fameuxTuber. Disons qu’il faut, comme elle, être un peu «généreux» sur la truffe. C’est onctueux, crémeux, inhabituel et clairement savoureux. Suivra une volaille avec, comme le préconise Monique Valette, le champignon noir glissé sous la peau croustillante. Là encore, une découverte de finesse.

Comme en écho, le chef Christian Constant, qui fut le parrain du 10efestival Lot of saveurs de Cahors en2019, ajoute:«Il faut être délicat pour cuisiner la truffe car derrière sa saveur très forte, il y a toute une palette d’arômes subtils.»

Didier Arnaud envoyé spécial à Cahors (Lot)

Les futurs habitats martiens pourraient être faits de champignons

1 fév. 2020
Les futurs habitats martiens pourraient être faits de champignons

https://sciencepost.fr/les-futurs-habitats-martiens-pourraient-etre-faits-de-champignons/

Les futurs habitats martiens pourraient être faits de champignons

Brice Louvet, rédacteur sciences 24 janvier 2020, 11 h 35 min

 

Des chercheurs étudient actuellement le potentiel des champignons pour aider à construire les premiers habitats martiens. Explications.

Après la Lune, plusieurs agences publiques et privées ambitionnent de s’établir durablement surMars. Mais la planète rouge n’est pas la Terre. Pour vivre sur place, nous allons devoir face faire à de nombreux défis. L’un d’eux sera de construire de nouveaux habitats spécialement développés pour s’accorder avec les exigences martiennes. Et toutes les idées sont bonnes à prendre.

En ce sens, la NASA a créé il y a quelques années le programmeInnovative Advanced Concepts(NIAC). Le but :encourager le développement de concepts utiles aux futures missions lointaines. Chaque équipe retenue reçoit un financement de 100 000 dollars sur un an. L’un de ces projets intéresse particulièrementl’agence américaine. L’idée : s’appuyer sur le mycélium.

Cultiver nos maisons, directement sur place

Trois couches de matériaux

D’autres idées proposées

Cultiver nos maisons, directement sur place

«En ce moment, les conceptions traditionnelles des futurs habitats martiens s’apparentent un peu auxcarapaces de tortues. Autrement dit, on emporte nos maisons sur notre dos, explique Lynn Rothschild, responsable de ce projet.Il s’agit d’un plan fiable, mais avec des coûts énergétiques énormes. Au lieu de cela, nous pouvons exploiter lemycéliumpour cultiver ces habitats nous-mêmes lorsque nous arriveront sur place ».

Le mycélium, c’estl’appareil végétatif des champignons. Il se compose d’un ensemble de filaments – appelés hyphes – retrouvés généralement dans le sol. Il renvoie au mycélium reproducteur – appelé sporophore – chargé de la production et de la maturation des spores hors de terre. C’est ce sporophore que l’on appelle couramment "champignon”.

Sur le papier, l’idée serait de pouvoir transporter des structures de bases très légères sur Mars. Du mycélium en dormance serait également invité au voyage. Une fois sur place, il suffirait de réveiller ces formes de vie avec de l’eau. En grandissant, elles viendraient alorsse ramifier autour des structurespréalablement installées.

«Les champignons pourront se développer autour de ce cadre en un habitat humain entièrement fonctionnel», ajoute la chercheuse.

Trois couches de matériaux

Ces futurs habitats pourraient être constitués de trois couches de matériaux. Au-dessusde la glace d’eau– déjà présente sur Mars – se formerait la couche extérieure. Cette glace permettrait deprotéger les occupants humains contre les radiations nocives.

Elle fournirait également des ressources aux minuscules organismes de la couche intermédiaire – desmicrobes photosynthétiseurs appelés cyanobactéries. Ces créatures, de leur côté, pourraientproduire de l’oxygènepour les astronautes etdes nutrimentspour le mycélium fongique, qui constituerait alors la couche inférieure.

Les chercheurs soulignent également que tout devra en effet être mis en oeuvre pouréviter les risques de contamination terrestre. Une fois la structure mise en place, le mycélium pourrait alors être cuit, ce qui aurait pour effet de tuer le champignon. Qu’il s’agisse du mycélium ou des microbes photosynthétiseurs, tous ces organismes seraient également génétiquement modifiés pour les rendreincapables de survivre au-delà de la base.

Outre les structures des habitats martiens, le mycélium pourrait également être exploité pour aider à filtrer l’eau à boire, ou pour extraire les minéraux des eaux usées. Il pourrait aussi permettre à la fabrication de meubles. La photo ci-dessous nous montre par exemple un tabouret construit en mycélium après deux semaines de croissance.

Bon, visuellement ce n’est pas très joli, mais un tabouret c’est toujours pratique ! Crédits : 2018 Stanford-Brown-RISD iGEM Team

D’autres idées proposées

Ce n’est ici qu’une idée, mais qui est prise très au sérieux par la NASA. D’autres projets ont également été proposés au cours de ces dernières années. En 2018, une équipe de chercheurs suisses de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) avait par exemple dévoilé unconcept d’igloo géant.

Les chercheurs avaient en effet décrit un dôme d’environ 12,5 mètres de haut pour 5 mètres de large, composé d’un espace de vie central et de trois sas menant à l’extérieur. La structure serait de son côté faite de fibres de polyéthylène, et elle serait protégée par trois mètres de glace. De quoi, encore une fois, protéger les occupants des rayons cosmiques nocifs pour le corps humain.

Un igloo sur Mars. Crédits : Claudio Leonardi / EPFL

Plus récemment, l’entreprise AI SpaceFactory a de son côté proposé desstructures hautes et verticalesbaptisées "Marsha”. Sur le papier, elles seraient fabriquées à partir de fibres de basalte (une roche que l’on trouve sur Mars). Elles auront aussi besoin de plastique biodégradable fabriqué à partir de plantes qui pourraient théoriquement pousser sur la planète rouge.

L’avantage de ces structures, c’est qu’elles profitent au maximum des ressourcesin situ. Car, comme le rappelle David Malott, fondateur et PDG d’Ai SpaceFactory, «l’envoi de matériaux sur Mars coûtera trop cher. »Il souligne également que ces bâtiments «devront être construits par des robots avant l’arrivée des premiers humains avec des matériaux retrouvés directement sur la planète».

Ces structures présentent également l’avantage d’être100% recyclableset beaucoup moins gourmandes en énergie en comparaison au béton ou au ciment. En ce sens, elles pourraient un jour se manifester dans le paysage terrestre.

Crédits : AI SpaceFactory

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La NASA veut construire une base lunaire avec des champignons

21 jan. 2020
La NASA veut construire une base lunaire avec des champignons

BREAKINGNEWS

21 janvier 2020

Les champignons pourraient être utilisés pour construire une structure complexe, telle qu’une base lunaire. La NASA le pense et teste actuellement pour déterminer s’il s’agit d’un matériau viable, et d’étudier comment il pousserait sur le sol de Mars. En plus d’économiser le transport de matériaux lourds vers la Lune et d’autres planètes, les champignons seraient une solution «verte» pour la construction de structures dans l’espace.

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On imagine généralement que la colonisation de l’espace se fera avec des métaux lourds. Cependant La NASA estime que les champignons peuvent remplacer ce matériau et pourraient servir à construire une base sur la lune.

Actuellement, les habitats traditionnels conçus pour Mars sont comme des tortues (nous prenons la maison derrière nous). C’est un plan fiable, mais avec des coûts élevés. Au lieu de cela, nous pouvons profiter du mycélium pour construire ces habitats lorsque nous y arriverons, a déclaré Lynn Rothschild, une scientifique de la NASA.

Le mycélium est de petites fibres organiques qui forment ensemble des structures complexes comme des champignons. Avec un peu d’aide, ils peuvent servir à ériger d’autres formes et structures.

 


Les truffes affaiblissent les plantes autour de leurs arbres

18 déc. 2019
Les truffes affaiblissent les plantes autour de leurs arbres

AVENIR

Petit à petit, la truffe livre les secrets d’une vie intime très compliquée. Une équipe

française vient ainsi de dévoiler les origines des "brûlés", ces zones situées au pied des

arbres truffiers où les plantes se font rares et dépérissent.



Un mystère de moins. Les deux espèces présentes sur le territoire français, la truffe
noire Tuber melanosporum et celle de Bourgogne Tuber aestivum vivent en effet dans des espaces très particuliers, les "brûlés". Au pied des chênes ou des noisetiers où elles s’épanouissent, les végétaux dépérissent. Et on ne savait pas pourquoi. "Grâce à l’utilisation de l’empreinte génétique à l’instar d’un roman policier, et à des marqueurs fluorescents nous avons montré la présence des filaments du champignon (les hyphes) entre les cellules racinaires de plantes poussant à proximité de l’arbre", expose Marc-André Selosse, chercheur au Muséum national d’histoire naturelle et coauteur de l’article paru dans New Phytologist.

Ce phénomène s’appelle l’endophytisme. Des dizaines d’espèces bactériennes et de champignons prospèrent ainsi à l’intérieur des plantes, entre les cellules, sans jamais pourtant pénétrer dans celles-ci. La plupart du temps, ces passagers clandestins n’ont pas d’effet sur la santé de la plante hôte. Une feuille d’arbre recèle ainsi en son sein des centaines de millions de bactéries. "C’est une niche écologique bien occupée", s’amuse Marc-André Selosse. Ce n’est pas le cas avec la truffe. Si elles ne meurent pas, les plantes colonisées sont affaiblies car pompées de leur azote et de leur phosphate. L’étude montre que ces végétaux infortunés ont une croissance de 30 % inférieure et une germination 1,3 fois moins abondante. En revanche, la truffe, elle, présente un mycélium (le réseau de filaments qui constitue l’individu dans le sol, la truffe n’étant que le fruit d’une fécondation entre un individu mâle et un individu femelle) deux fois plus abondant. Le champignon tire indubitablement profit de cette relation au contraire des plantes.

La truffe traite différemment les plantes

Sauf bien sûr l’arbre auquel la truffe est associée. Car la relation avec le chêne ou le noisetier est bien de nature gagnante pour les deux partenaires. Baptisée mycorhize, cette symbiose permet à l’arbre de bénéficier des apports en azote et phosphore du sol fournis par le champignon échangés contre une fourniture de sucres que l’arbre fabrique par photosynthèse. "Nous pensions qu’il existait des espèces spécialisées dans la mycorhize et d’autres dans l’endophytisme. En réalité, les choses sont plus complexes et la truffe pratique visiblement les deux", reconnaît Marc-André Selosse.
Pourquoi cette différence de traitement de la part de la truffe ? L’arbre truffier bénéficie certes d’une aide supplémentaire par l’affaiblissement de potentiels concurrents. Mais c’est aussi un moyen pour la truffe de protéger son écosystème. C’est du moins l’hypothèse émise. Pour s’épanouir, la truffe a besoin d’un milieu semi-ouvert. Or, l’évolution naturelle de ces espaces est de se fermer et de redevenir forestier. En affaiblissant les buissons précurseurs de l’enfrichement comme le genêt ou l’églantier, la truffe défend son milieu naturel.

Une coopération étroite avec les trufficulteurs pour améliorer la production

C’est d’ailleurs cette reconquête de la forêt sur des terres abandonnées par les cultures et les parcours des troupeaux d’élevage ovin ou bovin au début du 20siècle qui explique que la truffe ne soit plus produite qu’à quelques dizaines de tonnes par an aujourd’hui contre plus d’un millier de tonnes il y a cent ans. "Ces découvertes peuvent justement permettre d’améliorer la production des truffières en choisissant bien les végétaux dont la truffe se nourrit”, se félicite Marc-André Selosse.

Les chercheurs travaillent en étroite collaboration avec les trufficulteurs afin d’améliorer les méthodes de culture. Certains professionnels plantent déjà auprès de leurs arbres des buissons où sèment des herbes qui facilitent la croissance du champignon. "Mais tout cela se fait de façon empirique, il serait bon de tester les techniques qui permettraient d’augmenter la production”,table Marc-André Selosse. Il reste cependant du chemin à parcourir pour retrouver les tonnages d’antan. Les premiers cours de la saison 2019-

2020 indiquent une production faible impactée par un été très chaud et des cours variant entre 600 et 850 euros le kilo avec des pointes à 1.000 euros. Du luxe.

Comment Mycea veut réduire l’usage des pesticides grâce aux champignons

1 déc. 2019
Comment Mycea veut réduire l’usage des pesticides grâce aux champignons

Par Valentine Ducrot 08/11/2019, 17:13

Les équipes de Myrcea travaillent sur les vertus des champignons pour lutter contre l'usage des pesticides. (Crédits : Myrcea)

 

En juillet dernier, la toute jeune société Mycea (créée en avril 2018) a procédé sa première levée de fonds. Objectif? Poursuivre activement sa recherche de solutions naturelles pour lutter contre les maladies phytopathogènes de cultures.

Inscrivant sa démarche au cœur des enjeux planétaires de protection de l'environnement, Mycea veut réduire, voire stopper l'usage intensif d'engrais et pesticides chimiques en agriculture, en utilisant certaines propriétés naturelles des champignons.

«Nous nous intéressons aux champignons car ils ont une diversité extraordinaire - 1,5 million d'espèces, seulement 10 % connues -, de vastes propriétés chimiques et des propriétés biologiques naturelles puisqu'ils sont présents dans tous les écosystèmes et associés à la quasi-totalité des végétaux», explique Dominique Barry-Etienne, présidente et fondatrice associée de Mycea.

Des solutions de bio-stimulation dès 2021

Afin de disposer de son propre laboratoire et d'avoir suffisamment d'espace pour accueillir l'équipe composée aujourd'hui de 8 salariés (majoritairement des femmes), la société Mycea est hébergée depuis l'été dernier à Minéa, l'incubateur d'Irstea à Montpellier.

Dans le laboratoire de R&D, les équipes travaillent sur deux axes principaux : le bio-contrôle (recherche des extraits ou molécules permettant de lutter contre les maladies fongiques des végétaux) et la biostimulation (recherche de champignons mycorhiziens utilisés pour biostimuler la croissance des plantes).

«L'an dernier, nous avons fait nos proof of concept et démarré un programme de R&D biostimulation portant dans un premier temps sur la vigne et les espaces verts urbains, et qui va être étendu à d'autres agrosystèmes, énonce la présidente, coordinatrice scientifique. Pour ce qui est du biocontrôle, nous venons d'amorcer le programme et travaillons sur les maladies de grandes cultures et de cultures spécialisées. Grâce à ces deux pôles prometteurs, nous pensons fournir des solutions de bio-stimulation à partir de 2021 et de bio-contrôle à l'horizon 2025.»

Identifier des champignons dans des matrices complexes

Sur la base d'un business model classique, Mycea mise à terme sur des partenariats industriels pour«pousser la technologie et les produits sur le marché». Elle est soutenue et accompagnée par le BIC de Montpellier, la BPI, la SATT AXLR, la Région Occitanie et l'Europe (dans le cadre du programme DIVA).

Forte de son expertise, la société a développé une activité commerciale sur la détection et l'identification des champignons dans des matrices complexes comme le sol, le bois ou les végétaux.

«Nous recevons des échantillons de bois issus d'arbres malades et nous identifions le champignon cause de dégradation, précise Dominique Barry-Etienne. Par exemple, le mérule qui attaque les structures en bois des maisons.»

Pour aller encore plus loin dans ses prospections, Mycea développe actuellement un appareil d'imagerie permettant de suivre tous les phénomènes biologiques se passant dans le sol. Sorte de scanner, cet appareil, autonome en énergie, prend des images qui sont retransmises sur une plate-forme web qui les analyse.

Dédié au marché de l'agronomie, l'appareil devrait être commercialisé d'ici 2020. Un chef de projet va prochainement être recruté pour sa commercialisation et sa distribution.

Bénéficiant d'un contexte réglementaire favorable (plan Ecophyto 2025), la société Mycea a son rôle à jouer et ambitionne, d'ici dix ans, de devenir un des leaders européens de la transition agro-écologique.

 

 

 

 

Des champignons dévoreurs de mégot

30 nov. 2019
Des champignons dévoreurs de mégot Des champignons dévoreurs de mégots

 

Michaël Mauvais et Thomas Barbey cultivent leur concept « mange-megot » et espèrent créer une filière dédiée à valoriser ces déchets. (© l'Hebdo du Vendredi)

 

Une expérimentation basée sur la myciculture se déroule dans les caves de l'avenue de Paris. Le principe : cultiver des champignons capables d'ingérer les mégots de cigarette. A plus long terme, les instigateurs de ce concept baptisé « mange-megot » aimeraient mettre en place une filière de revalorisation dédiée sur le territoire châlonnais. Inédit et ingénieux.

Sonia Legendre

Une expérimentation basée sur la myciculture se déroule dans les caves de l'avenue de Paris. Le principe : cultiver des champignons capables d'ingérer les mégots de cigarette. A plus long terme, les instigateurs de ce concept baptisé « mange-megot » aimeraient mettre en place une filière de revalorisation dédiée sur le territoire châlonnais. Inédit et ingénieux.

D'ores et déjà déposée auprès de l'INPI, la marque « mange-megot » promet de faire parler d'elle. Et si cette innovation a déjà été explorée en Belgique, elle s'avère inédite en France. Depuis quelques mois maintenant, Thomas Barbey, chargé de mission à la Semcha, et Michaël Mauvais, dirigeant de la société Essentiel Pro, cultivent une expérimentation surprenante au cœur des caves de l'avenue de Paris, derrière le centre d'entreprises Jacquesson. A partir d'un procédé dont ils préfèrent taire le secret, ils observent comment des champignons peuvent naturellement absorber les mégots de cigarette. « On utilise une souche de mycélium commercialisée par une boîte américaine spécialisée, capable de se reproduire à l'infini. En soixante jours, les racines s'accrochent aux mégots et les consomment. » Plutôt malin, surtout lorsqu'on sait qu'un seul de ces détritus toxiques peut polluer 500 litres d'eau et que sa décomposition dure cinq ans. Seules conditions pour que la « magie » opère : utiliser des bioréacteurs adaptés et maintenir un taux d'humidité d'environ 90 %. Les caves mises à disposition par la Semcha sont donc idéales pour ces tests. « Le filtre d'une cigarette se constitue essentiellement de ouate de cellulose, explique le duo. Dans la nature, rien ne se perd. S'il se trouve dans son habitat naturel, le champignon se développe en absorbant tout sur son chemin. »

Vers une filière de revalorisation ?

Parallèlement, les instigateurs mènent d'autres réflexions pour optimiser leur démarche et imaginer, à plus long terme, une filière à part entière pour collecter puis recycler ces déchets. Avec deux étapes phares. D'abord, la conception de cendriers publics en lien avec la municipalité et un artisan local. « Ils se présenteront sous forme de tubes et permettront d'instaurer un tri sélectif, au même titre que les papiers ou les plastiques. » Ensuite, la transformation de la matière inerte obtenue à l'issue de ce phénomène naturel. « Il existe quantité de dérivés possibles. On souhaite faire appel à un designer pour créer une gamme d'objets, voire à un tanneur pour travailler le cuir de mycélium. » Pour l'heure, l'aventure est à l'état empirique. Et puisque la nature a ses propres règles, les notions de productivité ou de profit n'entreront pas en ligne de compte. « Demain, on ne s'interdira pas de proposer notre système de collecte à d'autres collectivités ou d'autres structures. Ça n'existe pas pour l'instant. » En attendant, la pédagogie reste de mise. Rendez-vous à la foire de la Saint-Martin (le 17 novembre) et à l'opération de nettoyage organisée par l'ASPTT VTT (le 23 novembre) pour en savoir plus.